Le meurtre d’Alexia Daval, une affaire criminelle comme les médias (et le public) en raffolent

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Le meurtre d'Alexia Daval, une affaire criminelle comme les médias (et le public) en raffolent.

Voici une affaire criminelle comme les médias (et le public) en raffolent.

Une disparition, un village solidaire, un mari éploré, un corps mis en scène, une recherche du coupable, une enquête. Des aveux.

Certes, pendant ce temps d’autres crimes ont bien lieu, mais le théatre du crime et ses acteurs imposent que celui-ci soit bien plus médiatisé, en tout cas pour un moment.

Comme dans bien d’autres affaires, dont celle dite « Fiona » du nom de cette petite fille assassinée et dont on se rappelle les pathétiques appels à l’aide d’une mère éplorée et aujourd’hui poursuivie, la mise en scène et surtout le rôle « héroïque » du père, de la mère, du mari… sont abondamment discutés dès qu’on découvre leur participation aux faits.

Patrick Henri restera sans doute comme le premier visage télévisé d’un assassin proclamant son innocence et souhaitant la peine de mort à l’auteur d’un crime pour lequel il sera condamné à une lourde peine de prison.

L’image télévisée, multi-diffusée va transformer l’émotion du public et élargir l’audience de la répulsion. Du même coup, les auteurs de crime ayant participé à leur propre indignité publique en deviennent mécaniquement victimes expiatoires mais légitimes dès lors qu’il sont mis à jour et qu’ils les confessent.

Comme je l’écrivais dans le Dictionnaire amoureux du crime, c’est pourtant bien l’amour qui guide le plus régulièrement l’action criminelle, notamment les homicides.

La grande majorité d’entre eux, en France, sont « passionnels », souvent commis par celles et ceux qui aiment beaucoup, qui aiment trop, qui n’aiment plus…

Ainsi, le crime n’est pas seulement limité à son horreur, à sa description technique, légale, pénale.

Le crime est aussi fascination, intérêt, obsession et, surtout, passion.

Le fait divers insuffle la vie à l’édition, la presse, mais aussi à la littérature, au théâtre, à la télévision, au cinéma, aux chaines d’information en continu, aux réseaux sociaux. Sans lui, sans tout ce qui fait la tension et l’émotion du « thriller », il ne resterait plus grand-chose de ce qui remplit nos conversations de bistrot, de repas en famille, de sorties avec amis et relations, au bureau.

Sans crime, le royaume du Danemark aurait sans doute été vu moins « pourri » par Shakespeare; Brecht, Camus, Césaire, Corneille, Gorki, Ionesco, Musset, Racine n’auraient pas imaginé certains de leurs chefs-d’œuvre. Sartre ne se serait pas sali les mains.

Le crime est partout et nous le faisons vivre par notre curiosité, notre répulsion et surtout notre envie de voir et de savoir. Spectateurs avec empressement, il nous arrive de vouloir devenir acteurs, détectives de substitution, enquêteurs, émetteurs d’hypothèses ; engagés avec l’accusation ou militants de la défense, les grandes affaires sont autant de passions individuelles dévoilées par un épisode collectif.

Bien sûr, on occulte trop souvent la souffrance des victimes et de leurs proches. Entièrement absorbés par l’objet et l’outil, par l’acte et son auteur, on oublie celles et ceux qui en furent directement les cibles. Ou les témoins impuissants comme ces beaux-parents accablés par la duplicité exposée de leur gendre.

Au-delà des monstres et de leurs actes les plus insupportables, on y trouve aussi, selon le mot des grands flics souvent presque hypnotisés eux-mêmes par l’objet de leurs investigations, de « grands voyous », des « beaux mecs », qu’ils détestent et aiment à la fois.

Cette ambiguïté dans la relation au crime et aux criminel(le)s est aussi au cœur de ma profession. Les criminologues ne sont pas des policiers ou des magistrats.

Leur fonction n’est ni d’arrêter (même s’ils y contribuent parfois), ni de juger, ni de condamner (quels que soient leurs propres sentiments sur telle ou telle affaire). Leur rôle est de comprendre, d’analyser, d’interpréter ce qui se confirme, ce qui change, ce qui évolue.

Mais on ne peut rester totalement froid et indifférent au sujet de son étude. On ne peut ainsi considérer avec détachement l’infanticide ou la torture d’autres êtres humains. On peut sourire, certes, devant des opérations ingénieuses, osées, parfois tragi-comiques. Policiers, magistrats, avocats, journalistes et criminologues partagent souvent les meilleures histoires criminelles dont l’intérêt essentiel est qu’elles sont toutes vécues. Les brèves de prétoire sont aussi hilarantes que les brèves de comptoir.

L’histoire de l’humanité est ainsi marquée d’épisodes sanglants et souvent fondateurs. On pourrait presque écrire qu’au commencement était le crime…

Les grands textes sacrés qui fondent toutes les religions sont ainsi remplis de bruit, de sang et de fureur.

Le crime le plus marquant, également souligné dans la Bible et le Coran, reste l’assassinat par jalousie d’Abel par Caïn, dont on ne sait en fait pas grand-chose des circonstances exactes.

Cette affaire est surtout emblématique des évolutions en cours dans les services de police et de gendarmerie. On enquête d’abord et on auditionne ensuite. La culture de l’aveu initial est peu à peu remplacée par une culture de l’enquête et de la preuve qui associe police judiciaire marquée par la compétence et l’expérience et « experts » de la scène de crime et de la technologie.

On aura ainsi beaucoup appris des ratés de l’affaire Grégory ou des errements d’autres enquêtes inabouties faute de procédures adaptées et d’expertise.

C’est, au milieu de ce drame, une des rares bonne nouvelle qu’il ne faut pas sous-estimer en attendant un procès qui devrait éclaircir espérons-le des zones d’ombre qui subsistent.

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