À Arras, Philippot et ses « Patriotes » marchent dans les pas du Ukip (et ce n’est pas un bon présage)

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POLITIQUE – Patrie de Robespierre et de Guy Mollet, Arras restera désormais dans les annales comme le lieu de naissance des « Patriotes ». Le mouvement de Florian Philippot, dont le lancement fut le point de départ de sa brouille avec le Front national en 2017, doit voir officiellement le jour ce dimanche 18 février dans la capitale historique du Pas-de-Calais.

Un département qui avait placé Marine Le Pen largement en tête du premier et du second tour (34,34% puis 52,05%) de la présidentielle. Mais depuis sa rupture avec celle qui l’avait fait naître politiquement et dont il fut pendant six ans le plus proche conseiller, Florian Philippot préfère rappeler qu’Arras fut en 2005 la commune qui s’était le plus opposé au traité constitutionnel européen: 97,22% des votants avaient alors voté non, 43 points de plus que la moyenne nationale.

Nul doute que la référence au débat constitutionnel de 2005 resservira aux Patriotes. C’est à cette occasion historique que le souverainisme français a enjambé le clivage gauche-droite pour séduire une majorité des électeurs français contre l’Union européenne, au nez à la barbe des sondages et des médias qui annonçaient en chœur un triomphe du « oui ». Plus qu’un succès pour les europhobes, une mystique que Florian Philippot rêve de faire revivre avec son parti lors des prochaines élections européennes.

Un « Frexit » directement inspiré du Brexit

Son projet-phare? Une sortie pure et simple des traités européens, un « Frexit » sur le modèle du Brexit britannique, qui lui aussi l’avait emporté à la surprise générale. « Seul un Frexit organisé avec méthode sur la base de l’article 50 du Traité sur l’Union européenne permettra au peuple de retrouver sa liberté et à la France sa souveraineté », assume le premier article de la Charte des Patriotes.

Manière de placer ses pas dans ceux de ses homologues britanniques, l’ancien vice-président du FN a obtenu de Nigel Farage, eurodéputé comme lui et surtout ancien leader du parti europhobe britannique Ukip, que ce dernier adresse un message de soutien ce dimanche. Un nouvel affront adressé à Marine Le Pen, qui n’a pas réussi à s’allier à Ukip au parlement européen, autant qu’un passage de témoin entre deux formations entièrement dédiées à la sortie des traités européens.

Reste que cette filiation politique révèle aussi le chemin de croix qui attend le jeune énarque (il n’a que 36 ans). Si le Ukip (le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) a bien remporté une victoire éclatante en poussant la Grande-Bretagne à quitter l’UE, il n’en a pas récolté les fruits électoraux, ses cadres se déchirant après le référendum, sur fond de scandales.

Un espace politique introuvable?

L’histoire du Ukip, avec lequel le parti conservateur de Theresa May a toujours refusé de s’allier, démontre à quel point il est difficile de faire vivre la sensibilité souverainiste en dehors des élections européennes. En vingt ans d’existence, l’ancien mouvement de Nigel Farage n’a jamais réussi à faire élire des députés lors des general elections, et à peine deux lors de scrutins partiels.Il est vrai que le système électoral majoritaire britannique ne fait pas de cadeaux aux petites formations politiques. Mais c’est aussi le cas du mode de scrutin français, comme en témoigne la présence marginale du Front national à l’Assemblée, malgré la qualification de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.

Faute de pouvoir s’implanter à la Chambre des communes, le Ukip a su faire vivre son programme isolationniste à l’occasion des élections européennes, profitant du scrutin à la proportionnelle pour envoyer jusqu’à 24 eurodéputés à Bruxelles en 2014. Mais le mouvement était alors le seul à porter haut et fort la voix du Brexit dans un pays traditionnellement peu séduit par la construction européenne.

Tout le contraire des « Patriotes » qui, face à un Emmanuel Macron flirtant avec une ligne fédéraliste, vont devoir partager leur ligne eurocritique avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et l’UPR de François Asselineau, seul partisan affiché du Frexit pendant la campagne présidentielle. La concurrence du Front national, qui ne place plus la sortie de l’euro parmi ses priorités, devrait elle aussi durement se faire ressentir.

Le crash-test de 2019

Autant dire que Florian Philippot et sa jeune formation politique joueront leur survie aux élections européennes de 2019. Coup de chance: la réforme du mode de scrutin, qui a institué une liste nationale, devrait lui permettre de porter un projet national sans disperser ses maigres forces dans les anciennes circonscriptions. Tête de liste, le député européen sortant pourra compter sur ses collègues Sophie Montel et Mireille d’Ornano, qui ont elles aussi claqué la porte du FN pour le suivre dans son aventure.

Au grand dam du FN, Florian Philippot dispose encore d’un très large accès aux médias, ce qui pourrait offrir une visibilité indispensable à sa formation politique.

La marche n’en demeure pas moins élevée pour un parti dont la notoriété est encore balbutiante. Les législatives partielles ont démontré que la saturation de l’espace à l’extrême droite n’offrait pas de grands espoirs aux Patriotes. L’eurodéputée Sophie Montel, vice-présidente des Patriotes et habituée des législatives dans la région, n’avait recueilli que 2% des suffrages à Belfort.

Pour se voir rembourser ses frais de campagne et espérer sauver son siège d’eurodéputé, la liste conduite par Florian Philippot devra recueillir au moins 5% des suffrages exprimés en 2019. D’ici là, le Brexit, encore en cours de négociation entre Londres et Bruxelles, aura abouti. Du succès de l’opération pour la Grande-Bretagne dépendra en grande partie le crédit de l’offre politique « patriote » de Florian Philippot.

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